Hypotexte(s) et hypertexte(s) - Documentation Rouen

Hypotexte(s) et hypertexte(s)

, par Pierre Nobis - Format PDF Enregistrer au format PDF

L’identification de l’auteur et du texte origine (hypotexte) devient une tâche de plus en plus ardue sur Internet car ces éléments s’égarent dans les méandres des réseaux numériques. L’architecture hypertextuelle favorise sans conteste la dilution de la source d’information, cette dernière étant parfois volontairement ou involontairement oubliée. En effet, certains blogueurs, par exemple, revendiquent ouvertement le fait de ne pas citer toutes leurs références de peur de manquer d’originalité et de voir les internautes se détourner de leur carnet. Les plateformes collaboratives et autres wikis privilégient l’écriture partagée et anonyme. Le concept d’auteur se trouve fragilisé par ces nouveaux services estampillés "web 2.0", principaux pourvoyeurs d’une information rapidement accessible, notamment grâce aux flux RSS, mais aussi obligatoirement redondante. Hélène Maurel-Indart évoque à ce sujet "un étonnant retour en arrière, aux temps d’avant l’imprimerie, de la culture orale, au Moyen Âge du texte toujours susceptible d’être repris et modifié par un continuateur" [1]. Cette situation est source de bon nombre de critiques à l’encontre du projet palimpseste [2] Wikipedia. La modification aisée des ébauches, l’absence de signature, le manque de références ne font qu’accroître ce sentiment de flou et pose bien évidemment la question de la validation et de l’exploitation d’une telle information produite dans un contexte particulièrement propice à la "culture recombinée" et communautaire.

L’usage ou plutôt le mésusage actuel du copier-coller [3], technique historiquement ancienne [4], oblige dorénavant certaines institutions à utiliser des outils de détection comme Compilatio.net pour contrôler les dérives de plagiat électronique [5]. Le monde de l’Éducation est particulièrement affecté : les "nouveaux " dispositifs introduits il y a quelques années dans le secondaire ont vu se développer et s’intensifier ces comportements, cette tendance pouvant parfois même aller jusqu’à l’achat pur et simple de travaux tout faits en ligne [6].

Les différentes pratiques sur le Web

Un exemple parmi d’autres repéré sur la toile :

- Hypotexte d’un article de Wikipédia consacré au cinéaste Tod Browning :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tod_Browning

- Sélection d’hypertextes [7]

Intégralité du corps de l’article sans aucune mention claire de la source :

http://oz-21.blogs.allocine.fr/oz-21-97656-fiche_star_no6__tod_browning.htm

http://www.pipole.net/tod-browning/5084

http://zibool.info/Cinema/browning.html

Parties de l’article sans mention visible de la source :

http://vargen57.unblog.fr/browning-tod-1880-1962

Intégralité du corps de l’article avec mention de la source :
http://www.biographie.net/Tod-Browning

Il ne s’agit pas ici d’évoquer le droit d’auteur puisque le principe de l’encyclopédie collaborative en ligne est de permettre la libre exploitation des articles publiés en ligne sur son site. Cela dit, il est néanmoins requis d’indiquer le type de licence (GFDL).

Ce court comparatif illustre bien les pratiques numériques actuelles et la nécessité d’une réelle évaluation qui ne peut se limiter à de simples contrôles techniques et visuels quoique ceux-ci soient nécessaires. Une analyse de la qualité intrinsèque du contenu intellectuel est indispensable dans bien des cas. En outre, cet exemple montre, si besoin, la futilité d’une interdiction d’usage de Wikipédia étant donné que ses articles sont eux aussi repris ailleurs sur le web avec parfois l’apposition d’un copyright [8].

Concernant les exemples choisis ici, il faut constater que la réutilisation de certaines parties de l’article de Wikipédia ne se cantonne pas au seul web. On a pu le constater à la lecture de certaines ressources imprimées publiées dans le cadre de diverses manifestations consacrées au réalisateur. Afin d’éviter d’éventuelles méprises, il convient de se référer aux travaux de Boris Henry, auteur d’une thèse sur le cinéma de Tod Browning [9]
et aux différentes publications mentionnées dans la partie "Sources" de l’hypotexte.

Outils de citation et de gestion bibliographique

Face à ce problème consubstantiel à l’Internet, il est important de renforcer la sensibilisation auprès des élèves par rapport à la nécessité de mentionner leurs sources, voire d’exiger une véritable bibliographie à la fin d’un travail plus conséquent (IDD, TPE ou PPCP par exemple) en évitant de tomber dans un discours moralisateur souvent contre-productif [10]. Certains outils numériques facilitent la gestion de ces données :

- Hyperwords, extension qui illustre le concept d’information liquide. Elle ne permet pas de créer des bibliographies ou des citations mais elle facilite néanmoins, grâce à son menu contextuel, la récupération de l’extrait de la page web et son URL.

- Zotero, outil de gestion bibliographique à part entière, fonctionne comme module complémentaire de Firefox [11].

- Ottobib, Bibme, Easybib, Citation Machine, KnightCite sont des applications en ligne qui génèrent automatiquement des références bibliographiques selon différents protocoles ( MLA, APA...)

- Connotea est un service en ligne de gestion et de partage de références bibliographiques

- Bibdesk, Bibus et Jabref sont des logiciels libres de gestion bibliographique (liste non exhaustive)

Source : http://eclore.veille.inist.fr/

Notes

[1Hélène Maurel-Indart, Plagiats, les coulisses de l’écriture (Editions de La Différence, 2007). p.181

[2Je reprends ici la remarque d’Olivier Ertzscheid

[3Sauf si ce procédé est utilisé dans le cadre d’une simple collecte d’informations

[4L’origine du copier-coller remonte à priori aux travaux de Douglas C. Engelbart (et de son groupe de chercheurs) rendus publics lors d’une démonstration le 09 décembre 1968. On peut visionner les extraits vidéo, notamment le n°3 à l’adresse suivante : http://sloan.stanford.edu/MouseSite/1968Demo.html

[5La notion de plagiat est fluctuante selon les époques. Elle côtoie d’autres concepts : emprunt, métafiction, intertextualité... formes d’écriture chères aux écrivains postmodernes comme W. Gaddis ou W. Gass. Pour se repérer, on s’appuiera à nouveau utilement sur les travaux de Hélène Maurel-Indart. Au niveau pédagogique , une animation flash est proposée sur le site de l’UQAM :http://www.bibliotheques.uqam.ca/bibliotheques/sciences/formations/biologie/annee1/activite6/aide/plagiat.html

[6Oodoc ou
Oboulo sont des services de ce genre

[7Au sens genettien du terme

[8Une page de Wikipédia s’efforce de recenser ces divers cas, comme par exemple celui du chanteur Sinclair : http://doiop.com/gfdl

[9Freaks, l’un des films les plus connus du réalisateur fait désormais partie du programme du dispositif "Lycéens au cinéma". Voir documents pédagogiques d’exploitation en ligne :http://ww2.ac-poitiers.fr/daac/spip.php?article657

[10A nouveau, on pourra avoir recours à cette occasion au module de l’UQAM : http://www.bibliotheques.uqam.ca/recherche/plagiat/citer.html

[11Une expérimentation a été menée auprès d’élèves de BEP VAM au cours du 2ème trimestre 2008. L’extension ne semble pas poser de problème d’appropriation

Vos commentaires

  • Le 31 décembre 2008 à 16:07, par vargen57 En réponse à : Hypotexte(s) et hypertexte(s)

    Bonjour,

    Je suis vargen57 et je viens de tomber sur votre article.
    Je tiens à vous adresser mon mécontentement : je ne suis en aucun cas en train de reprendre des passages de wikipedia. Je m’inspire de certaines informations qui s’y trouvent, pour écrire mes biographies je dispose de biographies que je lis.
    Quant à ma grammaire, je ne suis pas prof de français !! Je n’ai que 20 ans, bientôt 21, et ce n’est pas la conjugaison et l’orthographe qui sont ma priorité mais le contenu de mes pages !!
    En ce qui concerne la prétendu absence de sources, c’est FAUX !! Mes sources se trouvent à la page des liens et certaines pages ont des sources bien à elle à la fin de la biographie.

    La prochaine fois que vous aurez envie de critiquer quelqu’un qui travaille autant que moi, vous serez respecteux de demander l’autorisation à la personne au préalable.

    Je ne vous dis pas merci et en attendant, mon site a déjà attiré près de 2 millions de visiteurs qui m’aident aussi et me donnent des informations quand ils en disposent !!!

  • Le 5 janvier 2009 à 17:54 En réponse à : Hypotexte(s) et hypertexte(s)

    Bonjour,

    Je tiens à préciser que les remarques de l’article ne concernent que certains passages, voire certaines phrases de votre billet biographique sur Tod Browning. Aucun avis n’est émis sur votre site en général. Afin de lever toute ambiguïté, il me semble qu’un simple usage des guillemets avec mention de la source entre parenthèses suffit en général pour indiquer de manière visible que telle ou telle phrase est issue de tel ou tel site, sans pour autant dénaturer l’originalité du propos. A la fin d’un article, il peut être également utile de proposer une courte biblio-sitographie. Plus globalement, ces précautions constituent des outils d’aide à la compréhension pour les lecteurs potentiels, ce qui peut alors leur permettre d’apprécier plus aisément le contenu et la forme d’un écrit.

    Cordialement,

    Pierre Nobis

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