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Publié : 9 avril 2014
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Dernière modification : 1er avril

Une copy party en collège

La copy party est une pratique qui vient bouleverser les enjeux de l’accès à l’information, du partage et de l’appropriation des savoirs.
C’est lors de la journée académique autour des biens communs que j’ai découvert ce concept. Ce thème m’a interpellée de par son originalité et son innovation.

Le principe de la copy party

Il s’agit d’un événement spontané, telle une « fête du savoir », où les usagers peuvent venir copier, en toute légalité, des œuvres disponibles en bibliothèque, en CDI, à partir du moment où ils utilisent leur propre matériel de reproduction (scanner, appareil photo, Smartphone…). La copie doit être utilisée dans le cadre d’un usage privé (cercle familial) et ne doit ni briser un DRM (Digital Right Mangement) ni être diffusée sur internet (cf. article 122-5 du Code de la Propriété Intellectuelle).

Aborder ce concept en collège

J’ai décidé d’adapter le principe de la Copy Party pour soulever des questions très contemporaines : le plagiat, la contrefaçon, le partage libre ou illégal, mais également le domaine du libre ou les licences Creative Commons.

L’expérience a déjà été réalisée en lycée, mais je n’avais aucun écho en collège. Et tout le problème d’une copy party dans ce milieu réside dans le matériel de copie. Quel matériel personnel les élèves peuvent-ils apporter dans un collège ?
Le téléphone est l’outil idéal pour éveiller l’intérêt des élèves mais suscite bien des contradictions avec le règlement de l’établissement.

Il a donc fallu avoir l’accord du principal, qui a d’abord émis quelques réserves car les élèves n’ayant pas de Smartphone pouvaient se sentir discriminés et en cas de vol les parents pourraient se retourner contre l’établissement.
Après enquête, il s’est avéré que tous les élèves de la classe concernée possédaient un téléphone pouvant prendre des photos. Le principal, piqué par la curiosité, a donné son accord.
Avec l’utilisation du téléphone, un bon encadrement des élèves était nécessaire. Je ne pouvais pas faire une « porte ouverte » comme en lycée ou en bibliothèque où les élèves, tout niveau confondu, seraient invités à copier librement et repartir. J’ai donc ciblé mon cours sur une classe de 3e.

Jouer sur la motivation

L’objectif était de faire acquérir des informations sur un thème d’histoire des arts, choisi parmi une liste de sujets, en vue de préparer l’exposé oral du brevet.
J’ai amorcé, en amont, un cours sur les techniques de recherche d’informations, afin de sensibiliser les élèves à l’utilisation de sources papier. Il s’agit avant tout de leur montrer qu’il ne faut pas se laisser abuser par la simplicité des premiers résultats proposés par un moteur de recherche.

Après avoir expliqué le principe et les concepts à l’aide d’un diaporama et et fait signer les certificats d’engagement, nous avons commencé la copy party.
L’enthousiasme des élèves était très grand : ils partageaient, échangeaient leurs informations, le tout dans une saine émulation. Le jeu de la concurrence intellectuelle était très fort durant ce moment : chacun cherchait à recouper les éléments, à avoir les mêmes documents que les autres. On ne les voit que rarement être aussi avides d’informations !
Nous avons terminé avec un quizz qui nous a permis d’aborder des notions intéressantes pour eux, et complexes. Par exemple : quand on parle de diffusion dans le cadre du cercle familial, comme le définit le Code de la Propriété Intellectuelle, il faut leur expliquer que cela n’implique pas les amis Facebook. C’est une source d’interrogations pour les collégiens, pour des outils dont ils se servent pourtant au quotidien.

En somme, le projet était avant tout de montrer que l’on peut copier et partager, sans enfreindre la loi, et que l’accès au savoir était possible au travers de nouvelles solutions. Acquérir des connaissances, tout en jouant sur la motivation des élèves était simple, dès lors qu’ils se servaient d’un appareil du quotidien, mais qui était complètement décontextualisé de son utilisation classique.

Karima Kadi
Professeur-documentaliste
Collège Raoul Dufy
Le Havre