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Publié : 23 septembre 2014
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Dernière modification : 19 avril

La classe inversée : une solution pour remotiver nos élèves ?

Le rôle du professeur documentaliste au sein de ce nouveau dispositif

Que faire pour remotiver les élèves en lycée professionnel ? Pourquoi ne pas tenter la classe inversée ? Comment le professeur documentaliste peut-il s’impliquer dans ce nouveau dispositif ?

Très en vogue en ce moment, la classe inversée ou flip classroom, inventée par Eric Mazur, un professeur d’Harvard dans les années 90 et popularisée par la Khan Academy qui propose gratuitement des cours en ligne, est présentée par les médias comme révolutionnaire. Elle permet, selon les retours d’expériences, de réconcilier les élèves avec l’école.
À l’inverse de la pédagogie traditionnelle jugée par les pédagogues de cette nouvelle stratégie, ennuyeuse, peu motivante, elle se veut en phase avec les pratiques des jeunes qui utilisent le web social et interrogent Google à la moindre occasion.
L’un des succès de la classe inversée repose sur le partage, l’échange, la collaboration entre pairs et avec l’enseignant. Le rôle de ce dernier est de guider les élèves, de structurer leurs connaissances. Cela suppose, qu’en amont, l’élève ait pris connaissance du cours virtuel. Ce premier volet est fondamental : sans lecture ou visionnage des cours et/ou documents proposés par l’enseignant, la notion d’échanges en cours est caduque. L’enseignant se trouve alors dans sa posture originelle, à savoir expliquer son cours de façon magistrale.
Se lancer dans la conception d’une classe inversée exige du temps à préparer le cours et une bonne réflexion sur la typologie des ressources à fournir aux élèves. Les ressources pédagogiques les plus attractives étant les vidéos, l’idéal serait de créer soi-même les capsules vidéos mais cela demande du temps et une bonne maitrise des outils de médiatisation, de la scénarisation du cours.

Faute de temps, nous avons opté pour une approche différente dans mon établissement, un lycée des métiers dans le secteur tertiaire (métiers de vente et de la beauté), en nous cantonnant à un choix de vidéos courtes et la réalisation de quizz ludiques.

Contexte et difficultés rencontrées :

Ma collègue de Lettres-Histoire cherchait des solutions pour intéresser ses élèves de terminale vente, n’étant pas satisfaite de leur faible implication en cours. Nous avons évoqué la possibilité de mettre en place la classe inversée.
Au départ, ma participation en tant que professeur documentaliste s’est limitée aux choix des ressources à proposer aux élèves. Sélectionner des courtes vidéos sur l’union européenne librement utilisables et intégrables, adaptées au niveau de nos élèves n’est finalement pas une étape si facile à franchir. Lesite.tv(sur abonnement) proposent des ressources intéressantes mais pas suffisantes. Il est possible de compléter sa liste sur le site de l’INA, sur EuroparlTV ainsi que sur le site Education FranceTV.
La majorité des vidéos en accès libre proposées par le moteur de recherche proviennent de Youtube ou Dailymotion, des vidéos dont les sources sont bien souvent mal identifiées et intoxiquées par la publicité, à éviter donc ! Le site du Monde.fr propose quelques ressources vidéos intéressantes mais il faut accepter là-aussi, le visionnage de quelques secondes de publicité.
Avant de commencer, nous avons présenté le projet aux élèves, expliqué nos motivations et notre souci de les voir prendre plaisir à apprendre.
Cette première étape a permis d’instaurer un débat avec les élèves sur le choix des sources vidéos, les questions de propriété intellectuelle, de la loi Hadopi, la question des références. Lorsque j’ai évoqué avec eux les difficultés de sélectionner ces vidéos, ils se sont étonnés : pour eux, il suffit d’aller sur le site bien connu de partage de vidéos et « on trouve tout ». J’ai improvisé une petite activité en leur demandant de trouver une vidéo sur Youtube ou Dailymotion sur leur cours. Auparavant, nous avions établi des critères de qualité des ressources à trouver. Ils ont découvert que certaines vidéos, tout comme les sites, étaient réalisées par des particuliers. En lisant les commentaires, ils ont également pu constater que de nombreuses erreurs étaient soulignées.
L’origine des vidéos n’est quasiment jamais évoquée. Ils ont également repéré des vidéos venant de l’Europe, c’est pas sorcier ! Mais ils ont trouvé que ce n’était pas adapté à un élève de terminale.

Changement de cap !

Suite à cette présentation, nous nous sommes lancés dans la classe inversée. Au bout de deux semaines, ma collègue a remarqué que ce dispositif numérique ne rencontrait pas l’adhésion des élèves.
Lorsque nous les avons interrogés sur les raisons de cet échec, ils ont invoqué des problèmes de connexion, des difficultés à comprendre les consignes, l’impossibilité de se concentrer, l’ordinateur étant source de nombreuses sollicitations : alertes des réseaux sociaux activées, curiosité à les consulter, musique, jeux en ligne...tout cela les perturbait au point qu’ils nous ont avoué préférer être encadrés en cours.
Nous avons entendu leurs revendications mais ma collègue ne souhaitait pas revivre leur passivité. Nous avons donc choisi de poursuivre cette expérience mais en détournant quelque peu le concept initial. Finies les capsules vidéos à visionner seul à la maison, à présent, les cours se prépareraient au CDI.
Concrètement, la classe était divisée en deux durant deux semaines :
Au CDI, les élèves choisissaient trois ressources de nature différente sur la partie du cours qu’ils souhaitaient, ils appliquaient la procédure de validation de l’information, dégageaient les idées essentielles et les présentaient sous la forme d’une carte heuristique
En classe, venait le temps de la remédiation et du partage des connaissances

Ces quatre semaines écoulées, une synthèse était ensuite construite de façon collaborative lors de la cinquième semaine.

La médiation du professeur documentaliste : une nécessité

Une expérience intéressante mais qui n’a rien de très novateur pour un professeur documentaliste. Ceci étant, la médiation du professeur documentaliste devient, ici, essentielle dans le choix et l’appropriation des ressources. L’élève doit sans cesse vérifier ses sources, les citer correctement. Il s’agit de mettre en place une éthique dans la recherche d’informations et de bien insister sur la notion de références, des auteurs, des diffuseurs et de leurs intentions.
Aucune consigne particulière n’a été donnée concernant la nature des documents à choisir. Il fallait juste éviter de choisir uniquement des textes, des images ou des vidéos.
Évidemment, ils ont choisi majoritairement parmi leurs trois documents un article de Wikipedia et une vidéo. Cette recherche reposait sur une démarche d’investigation :
Quels sont mes besoins en information ?
Ces documents sont-ils pertinents ?
Ces ressources sont-elles fiables ? Comment sont-elles structurées ?
La contrainte de temps leur imposait de trouver ces documents en une heure, l’heure suivante étant consacrée à l’analyse de son contenu.
L’environnement informationnel des élèves s’articule, grosso modo, autour de Wikipedia, les plate-formes de réseautage social (Facebook, Twitter, Instagram...) et les plate-formes de partage de vidéos (Youtube, Dailymotion). Le rôle du professeur documentaliste est de s’appuyer sur leurs pratiques tout en leur faisant prendre conscience des limites de ces outils. Il faut trouver le juste milieu entre leurs pratiques et les pratiques raisonnées d’un professionnel de l’information, les aider à réfléchir à la démarche et aux outils à mobilier.
Les élèves ont vite compris que sans méthode, ils perdaient beaucoup trop de temps. Seulement quatre élèves sur vingt ont consulté spontanément le catalogue du CDI.
Mon rôle était aussi de faciliter l’accès aux ressources en leur suggérant des références lorsqu’ils étaient en réelle difficulté.
D’une manière générale, j’ai pu remarquer qu’ils butent lorsqu’il faut répondre à une question qui nécessite un quelconque degré de compréhension. Le moteur de recherche ne leur répond pas, ils doivent analyser les réponses données. Il leur manque souvent les notions de base pour relier les savoirs entre eux et contextualiser les documents. L’accompagnement du professeur documentaliste et de l’enseignant de discipline est indispensable.
Les activités de recherche, d’évaluation d’information ont été évaluées dans le livret de compétences que nous avons mis en place.

Bilan

Ma collègue a pu constater une meilleure participation et implication des élèves : ils posaient plus de questions mais ils mélangeaient aussi beaucoup de notions. Cela l’a inquiétée au début, elle a dû prendre plus de temps à leur clarifier le cours. Son rôle de tuteur apparaissait nettement.
Quant aux élèves, ils ont été déroutés, lors des premières séances, par le manque de cours magistraux. Ils étaient en quête de repères et ils devaient surtout s’impliquer davantage qu’ils ne l’avaient fait auparavant.

Nous n’avons pas pu poursuive cette expérimentation toute l’année car c’est très chronophage et ma collègue avait le souci de terminer son programme. Toutefois, cela lui a permis de percevoir son enseignement autrement. Nous mettrons cette expérience à profit l’an prochain dès la classe de seconde.