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Publié : 15 juin 2015
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Dernière modification : 15 juin 2015

Le numérique dans les pratiques pédagogiques du professeur documentaliste : vers la scénarisation des cours en information documentation

Absentéisme, matériel oublié, bavardages, manque d’attention et d’implication dans les activités en classe sont des signes distinctifs d’un déficit d’attention, très caractéristiques de nos élèves en lycée professionnel. L’enseignant documentaliste doit présenter de nouvelles formes d’apprentissages dynamiques qui sauront réconcilier les élèves au plaisir d’apprendre, le remotiver afin qu’il renoue avec la réussite. Quelles pistes pouvons-nous mettre en œuvre pour éviter cette baisse de motivation, qui entraîne bien souvent le décrochage scolaire ? Quels peuvent être ces facteurs de remobilisation ? Les outils numériques intégrés en cours peuvent aider à condition de proposer des supports d’activités variés qui s’adaptent au rythme d’apprentissage de chaque élève, quelles que soient leurs difficultés. Les modèles de formation en ligne, de type MOOC, sont-ils transposables aux élèves de l’enseignement secondaire ? Les élèves sont-ils suffisamment autonomes pour suivre un parcours de formation structuré avec des ressources vidéos, des exercices d’apprentissage et d’évaluation ?
Il s’agit donc de ré-interroger nos pratiques pédagogiques de professeur documentaliste en nous positionnant en tant que médiateur tout en soutenant des cours en présentiel en l’animant, l’illustrant, le complétant…

  • Situation initiale de l’action menée

L’expérimentation, mise en place en 2005 avec Didapages en lycée professionnel, a évolué et se poursuit désormais avec scénari opale. Il ne s’agit plus seulement de proposer des parcours de formation mais de les concevoir en ayant le souci de leur médiatisation.
L’utilisation de Didapages a permis de régler le problème des oublis de cahiers, de clés USB et a assuré, par voie de conséquence, un meilleur suivi des activités en classe et de l’évaluation du travail effectué : chaque élève se connecte sur le serveur Didapages pour accéder à son cahier, l’enseignant peut ainsi visualiser le temps passé à réaliser les exercices, si les activités sont faites, se rendre mieux compte des difficultés rencontrées...

Cependant, la gestion de ces cahiers interactifs en ligne est contraignante pour l’enseignant qui ne peut pas réutiliser des fragments de cours, il est obligé de recréer à chaque fois un livre complet. Scénari Opale pallie ce problème en granularisant les contenus. Ces grains (cours, activités…) peuvent donc être réinvesti dans d’autres cours si besoin. C’est un gain de temps inestimable, par la suite. Les avantages de cet outil ne s’arrête pas là. Bien entendu, il est nécessaire de se familiariser avec la philosophie de cette application, de comprendre le concept de granularisation mais l’enjeu pédagogique est ailleurs : le professeur documentaliste doit élaborer un scénario pédagogique cohérent en s’efforçant de définir au mieux ses objectifs, la nature des activités à faire faire aux élèves et les ressources à intégrer. Il doit donc clarifier sa progression pédagogique et les notions liées à chaque cours.

Pour le moment, les modules de formation en ligne – intégrés à Claroline ou à tout autre type de LMS (Learning management system ) et mis en consultation sur le portail e-sidoc, s’adressent au CAP coiffure dans le cadre de la préparation du dossier de CCF en Histoire géographie, en seconde professionnel sur les sources d’information et au BTS NRC dans le cadre de la culture générale : ce module visant à comprendre l’intérêt et le fonctionnement du référencement de ressources collectées sur Zotero.

  • Descriptif de la démarche et de l’action menée

Pourquoi médiatiser ses cours ? L’influence des MOOCs

Avant de se lancer dans une telle opération, il convient de bien s’interroger sur ses motivations car la réalisation des cours en ligne avec Opale prend du temps : l’élaboration d’un scénario pédagogique varie en fonction de la complexité des activités mises en place mais il faut tout de même compter un minimum de trois à quatre heure de travail pour un module de cours, lorsque l’on sait précisément ce que l’on veut et que l’on maîtrise bien les outils : enregistrement de didacticiel vidéo, création d’exercices auto-correctifs, rédaction de cours dans les grains…

La participation à des MOOCs (Massive Open Online Courses) peut être un déclencheur car bien souvent, ils sont conçus de sorte à (ré)veiller la curiosité, l’envie d’apprendre en favorisant les interactions entre les participants, en développant l’évaluation entre les pairs, en proposant des activités ludiques. Le participant peut s’il le souhaite choisir le support d’apprentissage qui lui convient le mieux : il choisit d’écouter la vidéo de cours ou il télécharge les textes. Il peut aussi essayer de réaliser les exercices interactifs sans passer par le cours et y revenir s’il s’aperçoit que finalement, il en a besoin.
Il n’y a pas qu’un chemin imposé pour acquérir les notions. Chacun apprend à son rythme, l’essentiel étant d’arriver à terminer son parcours afin d’obtenir a minima un certificat de participation.

Cette expérience peut donner envie de transposer ce modèle en l’adaptant à nos élèves.
L’idéal serait de proposer une panoplie de cours en information documentation pour chaque niveau et de demander aux élèves d’en choisir un certain nombre- fixé par l’enseignant’ en fonction de ses goûts, comme nous le faisons lorsque nous choisissons nos MOOCs. Évidemment, cela n’est pas possible. De plus, la question de l’évaluation reste cruciale : les MOOCs privilégient pratiquement exclusivement l’évaluation entre pairs, il est évidemment impossible d’imaginer de la déléguer aux élèves. En revanche, nous pouvons nous inspirer de ce système en proposant des exercices interactifs sans correction, demander aux élèves de se regrouper par petits groupes, l’exercice terminé afin qu’ils mettent d’accord sur une correction commune.
Par la suite, le professeur documentaliste interroge le rapporteur de chaque groupe qui fait part à l’ensemble de la classe ou du groupe classe, de leurs résultats. Un petit débat s’instaure à nouveau et le professeur documentaliste joue le rôle du médiateur en proposant une correction définitive.

La médiatisation de cours passe inévitablement par une analyse de ses propres façons d’enseigner, de bien connaître ses élèves pour leur apporter des supports multimédias adaptés. Il faut les surprendre et proposer des activités interactives courtes et efficaces. Il s’agit d’intégrer du son, de la vidéo, de l’écrit pour faciliter la compréhension du cours.

Quelle place pour le professeur documentaliste ?

L’utilisation des cours médiatisés exige de reconsidérer la place du professeur documentaliste en particulier - mais aussi de tout autre enseignant de discipline qui se lancerait dans cette expérimentation- dans les apprentissages.
Le professeur documentaliste, spécialiste du document, des ressources multimédias, de l’architecture de l’information, a plus que quiconque de vrais compétences et une réelle légitimité à se lancer dans ces nouvelles formes d’apprentissage.
L’enseignant documentaliste conçoit donc son cours en gardant à l’esprit son rôle de médiateur entre le cours qu’il a construit et les élèves qui vont s’y connecter. Il devra analyser, être à l’écoute et détecter les éventuelles difficultés rencontrées par les élèves dans la compréhension des médias, dans la prise en main de l’outil, dans l’organisation des modules de formation.
Il ne s’agit pas de supplanter les cours en présentiel par des cours mis seulement en ligne. Ces parcours pédagogiques numériques doivent être effectués en classe. Les courtes activités doivent permettre de favoriser le dialogue entre enseignant et élèves, en particulier au moment des corrections des activités. Les capsules vidéos ne se suffisent pas à elles-mêmes. La médiation du professeur documentaliste est indispensable : il est important de faire le point avec le groupe classe pour réajuster, si besoin, le contenu ou les médias.
Le principe est fondé sur une approche constructiviste des savoirs. Le professeur documentaliste propose un parcours structuré mais l’apprentissage du cours passe aussi par les échange entre élèves et entre élèves et enseignants.
L’interactivité ne doit pas seulement être informatisée, elle doit aussi donner la possibilité à chacun d’exprimer son point de vue sur chaque partie de cours.

Scénariser, comment ça marche ?

Toute la complexité provient de l’art de fragmenter un savoir en grains (unités autonomes), de les relier entre eux afin de leur donner du sens tout en ajoutant y des supports vidéos, audio pour faciliter la compréhension du cours. Il est donc fondamental de planifier son cours en modules. Chaque module correspond à une unité d’enseignement ou des chapitres. Le module est structuré sous la forme d’objectifs et de compétences à acquérir. Il est composé également d’activités qui servent d’évaluation ou d’auto-évaluation.

Scenari opale propose à l’enseignant des cadres prédéfinis qui l’incitent à rédiger une introduction pour présenter le cours, à compléter les méta-données du cours, à choisir son support de présentation (présentation web, diaporama, support écrit…). Chaque module propose des divisions ( partie autonome de sous-chapitre) dans lesquelles on peut intégrer des activités interactives de compréhension sous format d’images, de vidéos, de son, de quizz….).
L’utilisateur se laisse guider par les cadres à compléter. Les références de chaque ressource doivent impérativement être renseignées.

Capture d'écran du module d'Opale

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Division Opale
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opale version utilisateur

Lorsqu’un champ n’est pas renseigné, une croix rouge indique qu’il y a une erreur.

Le professeur documentaliste doit choisir avec discernement les ressources multimédias ou les créer, s’il en a le temps, qu’il utilisera dans son cours médiatisé.
Pour maintenir l’attention de l’élève active , il est important qu’il se sente concerné par le contenu en lui proposant des activités qui lui demande d’analyser ses propres pratiques et lui prouver qu’il a des choses à apprendre ou des activités qui vont le rendre plus efficace.
Une des clés de réussite de la scénarisation est de penser à chaque fois à la façon dont l’élève va s’approprier ce cours. Il ne faut pas se focaliser uniquement sur la transmission du savoir mais sur les activités qui lui permettront de mieux apprendre. Ainsi la planification du cours doit surtout être guidée par les activités d’apprentissage que l’on souhaite mettre en place. Il convient de choisir les activités d’apprentissage et les médias en fonction des pratiques des élèves et construire son cours autour.

  • Bilan de l’expérimentation

Trois niveaux bien distincts ont été testés : les CAP coiffure, les Secondes pro MRCU/ARCU et les BTS NRC.
D’une manière générale, les ressources vidéos ont été appréciées ainsi que les quizz. Les tutoriels vidéos ont été visionnés de nombreuses fois en dehors de cours. Ils peuvent les ré-écouter s’ils n’ont pas tout compris lors du premier visionnage, ce qui constitue un atout non négligeable. Les élèves se sont montrés intéressés. La participation des élèves a augmenté surtout en seconde, ce qui a permis des échanges très intéressants. Ces parcours de formation offre une vision d’ensemble logique : les élèves comprennent plus vite l’objectif de la formation ; En revanche, la lecture des consignes reste difficile à appréhender. La médiation du professeur documentaliste reste indispensable pour aider les élèves à dépasser ce problème et aussi à les rassurer. Ils ont également du mal à se repérer dans le parcours malgré la présence du sommaire, qu’ils ne voient pas ou qu’ils ne savent pas bien utiliser. Il leur manque les clés essentielles de repérage de l’information.

Ce type de formation permet aussi de mettre en évidence l’appropriation très personnelle du cours par chacun et d’en mesurer l’impact en observant la réaction des élèves
Certains élèves écoutent les supports vidéos et font les activités ensuite. Bien souvent, ils s’aperçoivent qu’ils n’ont pas tout mémorisé et reviennent donc spontanément à l’écoute du média.

D’autres font les activités en même temps qu’ils écoutent la vidéo. Dans ce cas, ils réussissent plutôt bien les exercices demandés mais la mémorisation du cours est de courte durée. Lorsqu’ils sont interrogés quelques minutes plus tard , lors de la confrontation des résultats, ils ne sont pas toujours capables d’expliquer ce qu’ils ont entendu.

Dans la mesure où, les élèves sont en cours, il faut également éviter de les laisser plus de 15 min seul sur l’ordinateur sans échanger. Il est nécessaire de penser à créer des interactions entre eux et entre l’enseignant, comme précisé plus haut, en prévoyant au moins trois moments d’échange : le premier pour introduire le cours, le deuxième pour faire le point sur des notions de cours en corrigeant les activités ensemble, le dernier moment étant consacré à la synthèse finale.

Conclusion

La réalisation de cours numériques scénarisés exige de repenser notre rôle d’enseignant : nous devenons des médiateurs et non plus de simples canaux de transmission de savoir. Le choix des ressources est fondamental car elles ne doivent plus seulement illustrer le cours, elles déclenchent l’envie d’apprendre. Il convient aussi de bien observer la réaction, le comportement des élèves face aux écrans et de ménager plusieurs temps de concertation afin de bien réussir la remédiation. Les parcours ne doivent pas être figés afin de permettre à l’élève de choisir le chemin qui lui convient le mieux. La réussite de ces nouvelles façons d’enseigner exige aussi l’acquisition de nouvelles compétences issues de l’ingénierie pédagogique,un concept datant des années 60 qui prend tout son sens avec l’arrivée des applications numériques intégrées en cours.

Sitographie :

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« Les Serious Games pour la formation et l’éducation - Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie ». Disponible sur  : < http://www.ihest.fr/la-mediatheque/dossiers-123/illettrisme-scientifique-et/les-serious-games-pour-la?id_mot=#ID_MOT > (consulté le 25 mars 2015f)
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